
C'est nous, à l'ombre sous
un châtaignier au col de Sevie à 1101 mètres
d'altitude
Faut
pas croire que l'on passe ses journées au repos
sous un arbre ! L'herbe, il faut aller la chercher dans
le creux des vallons, là où coule un filet
d'eau qui nous permettra de nous désaltérer
car avec cette chaleur, il fait soif.
La vie
n'est pas toujours aussi facile pour certaines de nos
soeurs continentales ; il est vrai qu'ici en Corse,
nous sommes en liberté, tout comme nos cousines
les vaches, ainsi que les ânes et les porcs. Certains
diront même que nous sommes plus libres que les
insulaires qui se battent certains pour l'autonomie
et d'autres pour l'indépendance, mais il s'agit
d'un autre problème que nous voulons porter à
la connaissance du monde.
Sur
le continent, certaines de nos soeurs sont menacées
par l'administration et elles recoivent le soutien du
maire de Goulier. Il est tellement rare qu'un élu
local prenne notre défense qu'il fallait le faire
savoir.
Plaidoyer
pour les chèvres du Sédour Ce
soir, les derniers rayons de soleil révèlent
les contrastes de gris et de rouge brun du Sédour.
En ces instant, des souvenirs, des émotions et
aussi des angoisses m'envahissent tant il est vrai que
chaque rocher a sa vie, son histoire. Cette histoire
est aussi personnelle parfois et, à l'image de
ce que chacun de nous a vécu là en escalade,
dans les diverses voies ou en randonnée. Oui,
en cet instant encore l'odeur du calcaire chaud, de
l'ail sauvage écrasé par des prises de
mains, ces essences de lumières des arbustes
qui souffrent au soleil et au froid me reviennent en
mémoire et réveillent mes sens. Mais il
est là aussi une richesse, un animal qui a retrouvé
sa vie sauvage après avoir été
pourtant domestiqué. N'est-il pas rassurant que
les chèvres aient retrouvé cette capacité
après leur asservissement par l'homme?
Hélas!
voilà, elles s'appellent chèvres et non
isards et dès lors même dans leur nouveau
« statut de chèvres sauvages » elles
doivent passer par nos législations dans lesquelles
l'affectif, la beauté et l'émotion n'ont
pas cours. Elles s'inscrivent pourtant aujourd'hui comme
nos belles forêts de mélèze à
Goulier, dans la propriété affectivtive
de tout un chacun et ces animaux sauvages appartiennent
dès lors à tous les habitants de la terre.
Notre jeunesse dans les villages a été
souvent marquée par la présence des chèvres
que nous gardions avec nos grands-parents et quel bonheur
lorsque au retour du pâturage, avant d'aller seules
au râtelier de la grande, elles rentraient, fringantes,
dans la maison en se dressant devant le pot à
sel. Non, ce n'est pas possible, les textes et quelques
raisons futiles ne nous priverons pas de vous et l'on
empêchera votre disparition brutale. Montrons
que les citoyens que nous sommes, tant rappelés
à leurs devoirs en ces périodes électives,
savent s'engager pour la défense des plus faibles
d'entre nous certes, dans la non exclusion mais aussi
pour des animaux sans défense, qui ne peuvent
même pas eux crier leur innoncence et leur volonté
de vivre, eux qui par ailleurs ne sauraient nous faire
du mal.
PETITION
Chèvres
du Sédour, nos amies, nous adresserons des pétitions
de soutien à M. le maire de Surba qui prend votre
défense, nous expliquerons aux autorités
départementales et nationales notre grande affectation
pour vous et nous donnerons à M. le préfet
des arguments qui le conforterons, j'en suis certain,
dans ses sentiments profonds et personnels, ceux de
vous laisser vivre.
Pardon chèvre, voyez,
par déformation, je vous parlais, hélas!
comme des administrées! Tchoutos, tchoutos bien
aimées, chèvres de notre enfance, vivez
tranquilles. Egayez longtemps les rochers et les sentes
et lorsque au détour d'un chemin vous nous rencontrerez,
votre regard énigmatique sera pour nous un grand
bonheur. Mais, de grâce, ne vous laissez pas trop
approcher ou caresser, fuyez, fuyez, nous aimerons autant.
Et ce soir, sous la lune, dansez, dansez encore dans
la douce musique de la montagne car vous n'êtes
plus seules... Autour du Sédour nous veillerons.
Claude Téron, maire de Goulier.
Article paru le 05/04/2002 dans la Dépêche du Midi ARIEGE

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